Il m’est arrivé quelque chose de bizarre la nuit dernière. J’ai reçu la visite d’une Créature Étrange que j’avais croisée il y a quelques mois sur un site archéologique de Jalisco, le Palacio de Ocomo. Avant de vous relater mon expérience de cette nuit, laissez-moi vous raconter cette rencontre empreinte de mystère et de synchronicités.
C’était en octobre dernier et nous visitions, avec la quinzaine de participants à notre séminaire sur le Jour des Morts Mexicain, les ruines d’un village précolombien à environ 90 minutes de route de la maison. La guide, une archéologue Mexicaine participant aux fouilles sur place, nous expliquait en espagnol, comment le site a été construit, quels sont les artéfacts qui y ont été trouvé, mais aussi de quelle manière les habitants ont disparu lors de l’arrivée des Espagnols qui les auraient réduits à l’esclavage.
Or, elle nous racontait que de nombreux tunnels reliaient le palais central du gouverneur à d’autres villages voisins et que, si certains Grillo (en français la communauté des « Grillons ») avaient pu s’enfuir, plus d’une centaine d’enfants avaient, selon la légende, été sacrifiés aux Dieux pour ne pas être capturés par les envahisseurs. D’autres légendes affirmaient qu’en une seule nuit, tous les enfants s’étaient envolés et qu’on n’en avait jamais retrouvé aucune trace.
Alors que la dame nous spécifiait qu’il était de coutume pour cette civilisation d’offrir des sacrifices humains pour demander protection et abondance, un Être Multidimensionnel de plus de trois mètres de haut s’est approché de moi en me chuchotant à l’oreille : « Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé ici. »
Cette Entité inconnue avait une apparence insolite : quoique munie de grandes ailes transparentes, je n’avais pas affaire à un ange, mais plutôt à une espèce de chauve-souris avec des traits presque humains, mais présentant une mâchoire aux dents acérées et une sorte d’antennes poilues sur la tête ressemblant à celles dont sont dotés certains papillons multicolores.
Surmontant mon étonnement, je me suis mise un peu à l’écart du groupe pour mieux écouter la Créature qui poursuivait son discours : « En fait, j’ai protégé ces enfants en les faisant passer dans une autre dimension pour qu’ils soient invisibles aux yeux des envahisseurs. Je me suis servi de mes ailes pour faire écran tandis qu’ils pénétraient dans les tunnels souterrains, mais je savais que d’autres hommes malfaisants les attendaient à la sortie. J’ai donc ouvert un portail à travers un mur pour les emmener dans un lieu secret, paisible et protégé, hors ce monde sans cœur et si violent. Les enfants s’y sont plu et c’est pourquoi ils ne sont jamais revenus. »
Ayant observé que je m’étais éloignée du reste des visiteurs, certains membres du groupe sont venus me rejoindre et me demander de leur partager mon ressenti sur le lieu, mais aussi ce que je pensais des explications de la guide.
Déambulant depuis un bon moment entre les vieux murs de pierres sous le chaud soleil de midi irradiant au milieu d’un ciel bleu intense sans aucun nuage, je les ai entraînés à l’ombre d’un Ceiba, arbre considéré comme sacré au Mexique.
Alors que je me lançais dans la narration de ma conversation avec l’Entité qui demeurait invisible à leurs yeux, et tentant de décrire de mon mieux la Créature pour le bénéfice des moins sceptiques, une des participantes a levé les yeux au ciel et s’est écrié : je le vois!
Au-dessus de nous venait d’apparaître au zénith une forme blanchâtre ayant la texture d’un « nuage », mais ressemblant à un ange gracieux, muni d’ailes floconneuses et couronné d’une coiffe à plumes voletant dans le vent.
Le temps que la participante se saisisse de son appareil photo, les pourtours de la figure céleste s’étaient déjà estompés, ce qui explique de l’image ci-jointe ne rende pas justice à ce que nous avons tous perçu. Toutefois, le petit clin d’œil de cet Être mythique nous semblait impossible à ignorer.
Pendant ce temps, la guide poursuivait sa présentation archéologique pour ceux et celles qui la suivait toujours : « Nous n’avons guère trouvé d’ossements sur le site et dans les tunnels, déclamait-elle, ce qui nous laisse penser que les Grillos devaient enterrer leurs morts à l’extérieur des limites de la ville. Cependant, vers la fin des années 70, au cours de travaux de renforcement des murs des tunnels, le squelette difforme d’un homme très grand et fort probablement handicapé a été exhumé et transféré dans un musée de Mexico City. »
Joignant le geste à la parole, la jeune Mexicaine extirpa de sa sacoche une série de photos du dit squelette qui, comme de raison, correspondait trait pour trait à la Créature ailée. La forme de sa tête présentait plusieurs anomalies incompatibles avec un faciès humain, dont un crâne ovoïde plutôt étroit, muni d’arcades sourcilières très prononcées et de petites mâchoires dotées de crocs acérés.
« C’est bien moi, m’a confié l’Entité éthérique. Pour protéger les enfants et les conduire en sécurité, j’ai dû me manifester dans un corps physique, tangible et palpable, afin qu’ils puissent percevoir ma présente. Si j’ai réussi à les camoufler aux yeux de leurs assaillants, j’ai malheureusement attiré l’attention des mécréants Espagnols qui m’ont capturé et se sont eux (et non les Grillos) qui m’ont exécuté et enseveli sur place. »
Cette Être captivant n’avait pas l’air bien attristé d’avoir dû quitter son enveloppe « charnelle » et semblait encore bien vivant sous sa forme lumineuse diaphane.
Deux des participantes, pouvant s’exprimer aisément en espagnol, ont tenté de faire part à la guide de nos doutes quant aux origines « humaines » du dit squelette, mais bien entendu, celle-ci étant aussi archéologue, elle ne s’est pas montrée très ouverte à entendre nos opinions beaucoup trop « excentriques » pour son esprit rationnel.
Elle nous a plutôt montré une illustration d’un prêtre revêtu d’un costume d’aigle officiant aux supposés sacrifices humains ayant eu lieu dans ce lieu sacré.
Une fois de retour à la maison, j’ai fait quelques recherches sur les « légendes » entourant le Palacio de Ocomo et, si je n’ai rien trouvé au sujet d’une Créature ailée ayant marqué l’histoire, je suis tout de même tombée sur une fresque trouvée au cœur des fouilles représentant un ancien Dieu Olmec à la tête d’animal emblématique surmontée de larges plumes gracieuses…
Par la suite, le reste du stage ayant été fort intense, j’ai quelque peu oublié cette rencontre inusitée… jusqu’à ce que je me fasse réveiller par la Créature s’étant infiltrée dans ma chambre au milieu de la nuit.
« Rebonjour, voyageuse des Mondes, m’a-t-il dit d’un ton enjoué. Tes semblables me nomment parfois « Mothman » ou « homme chauve-souris », selon leurs croyances. Mais je tiens à te dire que les mythes qui ont été véhiculés à mon sujet dans les livres et dans les films sont absolument faux!
Je ne suis pas un prophète de malheur, ni une menace pour les humains. Je n’ai rien d’un démon ni d’un djinn maléfique.
Il est vrai que j’apparais uniquement lorsqu’un danger met en péril la vie d’enfants ou d’êtres innocents, mais c’est pour intervenir ici-bas afin de les protéger et les mettre à l’abri.
C’est d’ailleurs pourquoi je suis là, a-t-il précisé. J’ai un service à te demander. »
Je vous avoue que mon esprit demeurait embrouillé, vu mon réveil soudain à une heure plutôt incongrue, mais, intriguée, je me suis assise dans mon lit pour entendre la suite.
« J’ai besoin, continua Motthman, que tu crées pour moi un portail, afin que je puisse me rendre en Iran sauver des enfants qui tombent sous les bombardements. »
– Un portail? ai-je demandé encore à moitié endormie.
– Un corridor interdimensionnel, a précisé la Créature. Jusqu’à Téhéran.
– Mais je ne suis jamais allée en Iran, me suis-je exclamée. Je ne saurais pas comment faire…
– On raconte dans certaines dimensions spatio-temporelles que toi et deux de tes amies seraient intervenues dans un conflit opposant des Fées des Cantons de l’Est avec des développeurs immobiliers du Québec qui s’apprêtaient à détruire leur habitat pour construire une station de ski et un village touristique. N’avais-tu pas créé un portail pour que les Fées de Mont-Tremblant, qui avaient subi le même désastre dans leur environnement, puissent les venir rejoindre et, fortes de leur expérience traumatisante, contribuer à empêcher qu’une telle catastrophe se reproduise?
Je suis complètement abasourdie par cette révélation de mon curieux visiteur nocturne. Comment pouvait-il être au courant de cela? Cet événement c’était produit il y a plus de vingt ans en arrière et à plus de 4000 kilomètres au nord du Mexique, dans un contexte que j’avais complètement effacé de ma mémoire.
– À ce que je sache, poursuivit l’Entité sur un ton enjoué, aucun complexe vacancier n’a jamais vu le jour sur la montagne en question, n’est-ce pas? Les Fées y habitent toujours, en compagnies de leurs Sœurs des Laurentides. »
Cette fois, j’étais bien réveillée. Totalement sonnée, mais alerte. Je me suis gratté la tête, me demandant comment je pourrais reproduire un tel exploit, seule et sans repères géographiques.
– Mais au Québec, je connaissais les lieux, rétorquai-je. Mes amies et moi savions où installer le portail énergétique à l’abri des regards et dans un lieu sécuritaire. Je ne connais pas Téhéran. Je ne voudrais pas te faire atterrir à l’intérieur d’un mur ou dans une bouche d’égout.
Mothman se moqua de moi et enchaîna en ricanant : « Tu t’inquiètes pour rien! Il y a une grande place au centre de Téhéran, le Square Azadi, qui est un vaste espace de verdure dont tu peux trouver de nombreuses photos en ligne. Tu n’auras qu’à visualiser les lieux. ».
– Mais je ne comprends pas, ai-je renchéri. Pourquoi as-tu besoin de mon aide, tu n’as qu’à voler jusque là-bas, non?
– Ça me prendrait beaucoup trop d’effort et d’énergie, m’expliqua mon visiteur impromptu. En tant que voyageuse interdimensionnelle, tu peux me faciliter la tâche en un instant. Comme tu le dis à tous tes clients : « Il te suffit de dire OUI! »
Mothman savait où appuyer pour m’obliger à lui donner raison.
Enseignant depuis des années l’importance de la cohérence entre ‘l’être’ et ‘le faire’, entre l’intention et l’action… je ne pouvais me défiler.
Je me suis intériorisée et ait pris le temps de visualiser un tunnel de lumière, un corridor se déployant de l’intérieur de ma chambre vers le ciel, traversant instantanément l’océan Atlantique et allant se poser sur un bout de gazon au centre d’Azadi Square à Téhéran.
Agissant tel un ascenseur cosmique, j’ai vu la Créature être aspirée par le tunnel d’énergie, disparaissant graduellement de ma vue sans un mot, me faisant un petit signe de la main en guise de salutation.
Je n’ai pas assisté à ‘l’atterrissage’ de Mothman en direct, mais j’ai senti dans mon cœur qu’il était bien arrivé. Et même si je ne sais pas ce qu’il est advenu de lui par la suite, je crois au plus profond de mon âme qu’il continuera sans relâche sa mission de sauvetage auprès des enfants en détresse.
Bianca Gaia, 9 mars 2026









